ÉDITORIAL DU Pr Michel POSTAIRE

Information Dentaire du 2 avril 2014

Alors qu’il a été clairement montré que la satisfaction du patient édenté complet traité par prothèses amovibles est en rapport direct avec la qualité des prothèses, plusieurs publications récentescontinuent à faire état de bons résultats statistiques avec des prothèses issues de techniques dites simplifiées. Que faut-il en penser?

En premier lieu, en quoi consistent ces techniques?

Les différences majeures entre techniques dites conventionnelles et simplifiées résident d’une part dans la suppression de l’empreinte secondaire (et donc du porte- empreinte individuel) et son remplacement par une seule empreinte à l’alginate, et, d’autre part, dans le remplacement de l’articulateur par un occluseur.

L’empreinte secondaire et « l’occlusion » ne servent- elles donc à rien?

Pour beaucoup, le développement des techniques simplifiées repose sur l’abandon progressif de la méthode conventionnelle par nombre de praticiens en raison de l’inadéquation entre le rapport coût-bénéfice et la complexité pratique, et sur la difficulté des étudiants à l’appréhender et à l’exécuter (difficulté qu’ils partagent peut-être avec les enseignants...). Mais faut-il renoncer à enseigner ce qui est ardu, ce qui nécessite de la rigueur?

Qu’apportent ces techniques simplifiées?

Le principal intérêt (le seul?) est un gain de temps pour le praticien, donc un moindre coût. Mais la diminution des coûts, louable au demeurant, doit-elle prendre le pas sur toute autre considération ? L’objectif de traiter le plus grand nombre justifie-t-il de le faire au plus bas coût?

Par ailleurs, les résultats des études sont-ils dignes de foi?

Fenlon et Sheriff, dans leurs travaux de 2008, expliquent que les études précédentes sur la satisfaction des patients avec des prothèses issues de techniques simplifiées se fondaient sur un trop petit nombre de sujets, utilisaient des méthodes douteuses et ne testaient que quelques paramètres, alors même que les méthodes d’analyse statistique employées étaient parfois peu adaptées.

Or les nouvelles publications (dont trois sont issues de la même équipe) portent sur peu de patients et montrent des biais importants. Par exemple, s’il est possible de comparer l’évolution de la satisfaction d’un patient par rapport à ses anciennes prothèses, on ne peut pas comparer deux variables indépendantes l’une de l’autre comme la satisfaction dans un groupe avec des prothèses «conventionnelles» et dans un autre avec des prothèses issues de techniques simplifiées (comparer des carottes et des navets). Ne serait-il pas préférable de faire porter successivement les deux types de prothèses aux patients avant de leur demander de choisir (en randomisant l’ordre de mise en place des prothèses) ?

Les techniques simplifiées semblent en outre s’adresser en priorité aux personnes âgées. Pourquoi ?

Sans doute dans le but louable de réduire les «inconvénients» pour le patient. Les édentés complets vont être de plus en plus nombreux et de plus en plus âgés, formant une population délicate à traiter, mais aussi la moins apte à l’adaptation. Toutefois, il ne faudrait pas que cet objectif louable se transforme en thérapeutique de masse, faute de quoi la « colle à dentier » pourrait devenir de consommation principal du 4e âge...

L’arrière-pensée n’est-elle pas le recours ultérieur aux implants ?

Sans doute. Mais alors les arguments précédents ne tiennent plus, car que représente le coût d’une empreinte secondaire par rapport à celui des implants?

 

Que de questions, dont chaque réponse soulève à son tour d’autres questions.

 

Personne n’aurait l’idée de renoncer à enseigner la pose de la digue, même si certains praticiens ne la posent pas! Alors pourquoi s’en prendre à la prothèse amovible complète ? La réponse est simple : pour permettre au plus grand nombre de traiter les édentés complets sans se poser de questions. Mais contrairement à cette démarche qui tire vers le bas, mieux vaudrait suivre les recomman- dations de Carlsson et Omar : poursuivre et intensifier la recherche, l’enseignement et la formation spéciale en prothèse complète plutôt que de les réduire. Le traitement des patients édentés complets nécessite donc plus que jamais des praticiens ayant acquis des compétences spécifiques supplémentaires.

 

 

Michel Postaire

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